Une éolienne en mer, un réacteur nucléaire, un viaduc ou une station d’épuration ont un point commun : tout repose sur un sol qu’il a fallu comprendre avant de construire. C’est le rôle de l’ingénieur géotechnique, ou ingénieur géotechnicien. Entre la géologie, la mécanique des sols et le calcul de structures, ce métier est recherché à terre comme en mer, de l’éolien offshore aux grands projets d’infrastructures. Cette fiche présente ses missions, les compétences et logiciels attendus, les secteurs et métiers où l’exercer, les formations et les repères de rémunération.
Définition du métier
L’ingénieur géotechnique étudie le comportement des sols et des roches sous l’effet des ouvrages qu’on leur fait porter. Il programme les reconnaissances de sol, interprète les essais, construit un modèle géotechnique du site et en déduit le type et le dimensionnement des fondations, des soutènements, des terrassements et des ouvrages en terre. Il évalue aussi les risques liés au terrain : tassements, glissements, liquéfaction, retrait et gonflement des argiles, affouillement au pied des structures en mer.
En France, ses missions suivent l’enchaînement défini par la norme NF P 94-500, de l’étude préalable (G1) à la conception (G2), puis au suivi d’exécution (G3 et G4) et au diagnostic (G5), comme le rappelle le guide d’application de la norme publié par Syntec-Ingénierie (mai 2015). Les calculs s’appuient sur l’Eurocode 7. Le métier gagne aussi en poids réglementaire : depuis le 1er octobre 2020, la loi Elan impose une étude géotechnique préalable dans les zones exposées au retrait-gonflement des argiles (Institut national de la consommation, page mise à jour le 12/01/2023).
Missions types
Reconnaissances et essais
- Définir le programme de reconnaissance : sondages carottés et destructifs, essais pressiométriques, pénétromètres statiques et dynamiques (CPT), piézomètres, géophysique.
- Prescrire et interpréter les essais de laboratoire : identification, granulométrie, limites d’Atterberg, essais œdométriques, triaxiaux et de cisaillement, essais cycliques pour les ouvrages en mer.
- Suivre les campagnes sur le terrain ou à bord d’un navire de reconnaissance, et contrôler la qualité des données produites.
Études et dimensionnement
- Établir le modèle géotechnique du site et les paramètres de calcul.
- Dimensionner les fondations superficielles et profondes : semelles, radiers, pieux battus ou forés, monopieux et jackets d’éoliennes en mer, ancrages et pieux d’aspiration pour l’éolien flottant.
- Concevoir les soutènements, parois moulées, rideaux de palplanches, tirants et terrassements, et vérifier la stabilité des talus et des digues.
- Rédiger les rapports géotechniques et les notes de calcul, et répondre aux commentaires du client, du contrôleur technique ou de l’organisme de certification.
Exécution et suivi
- Vérifier pendant les travaux que le terrain rencontré correspond aux hypothèses et adapter les fondations si besoin.
- Suivre l’instrumentation : tassements, inclinomètres, pressions interstitielles.
Secteurs et projets qui recrutent
- Éolien en mer et énergies marines : fondations posées et ancrages flottants, câbles d’export et sous-stations. En France, 2,3 GW d’éolien en mer étaient raccordés au 31 mars 2026 selon le tableau de bord éolien du SDES (publié le 29/05/2026), et de nouveaux parcs sont en développement.
- Offshore et subsea : fondations de plateformes et de structures sous-marines, interaction sol et conduite pour les pipelines, ancrages des unités flottantes.
- Nucléaire : études de site, fondations des bâtiments et ouvrages de génie civil des nouveaux réacteurs et des installations existantes, avec de fortes exigences de sûreté et de traçabilité.
- Infrastructures, BTP et ouvrages : tunnels, métro, ponts, ports, barrages, digues, voies ferrées et routes.
- Eau et environnement : stations de traitement, réservoirs, canalisations, centres de stockage de déchets, sites et sols pollués.
Métiers voisins où exercer
Les compétences de l’ingénieur géotechnique s’exercent sous plusieurs intitulés : géotechnicien de chantier, ingénieur fondations, ingénieur sols marins ou géotechnique offshore, ingénieur en bureau d’études géotechniques, ingénieur en maîtrise d’œuvre ou en assistance à maîtrise d’ouvrage, chargé d’affaires en entreprise de fondations spéciales, ou encore ingénieur en calcul de structures et génie civil lorsqu’il travaille l’interaction sol et structure.
Compétences et logiciels
- Mécanique des sols et des roches : comportement drainé et non drainé, consolidation, rupture, chargements cycliques et sismiques, interaction sol et structure.
- Géologie et hydrogéologie : lecture des cartes et des coupes, nappes et écoulements, risques naturels.
- Logiciels : PLAXIS 2D et 3D en priorité ; selon les employeurs, GEO5, Foxta, K-Réa, Talren, outils d’interprétation des essais CPT, logiciels de calcul de pieux sous chargement latéral, Python pour automatiser les calculs.
- Référentiels : Eurocode 7 et ses normes d’application nationales, norme NF P 94-500 pour les missions, recommandation DNV-RP-C212 Offshore soil mechanics and geotechnical engineering (édition de septembre 2026) et normes ISO et API pour les fondations en mer.
- Savoir-être : esprit critique face à des données de terrain toujours incomplètes, capacité à expliquer une incertitude à un chef de projet, rédaction claire, anglais technique pour les projets internationaux.
Certifications
- OPITO BOSIET avec CA-EBS et certificat médical offshore : demandés pour suivre une campagne de reconnaissance en mer ou une installation de fondations.
- GWO : modules de sécurité de base pour intervenir sur un parc éolien en mer.
- Habilitations de chantier selon les sites, par exemple les formations à la radioprotection et à la sûreté pour le nucléaire.
- Pour le détail des formations offshore, voir notre article Certifications offshore : BOSIET, CA-EBS, GWO.
Formations
Le parcours le plus fréquent est un diplôme d’ingénieur ou un master en génie civil, géotechnique, géologie de l’ingénieur ou mécanique des sols. Les spécialisations en géotechnique et en ouvrages maritimes, une thèse en mécanique des sols ou un stage en bureau d’études géotechniques apportent un avantage réel.
Parcours et évolutions
- Débuts : ingénieur d’études en appui d’un senior, sur des missions G1 et G2, des rapports de reconnaissance et des calculs de fondations courantes.
- Confirmé : responsabilité d’une étude complète, du programme de reconnaissance au dimensionnement et au suivi d’exécution.
- Senior et expert : vérification des études, choix des méthodes, interface avec le client et les autorités, expertise sur les sols difficiles ou les chargements cycliques.
- Évolutions : chef de projet ou responsable d’agence en bureau d’études, expert fondations offshore, ingénieur installation analysis pour les fondations et ancrages, chargé d’affaires en fondations spéciales, maîtrise d’œuvre.
Rémunération indicative
Le baromètre des salaires 2026 de Wagram Executive & Staffing regroupe l’ingénierie navale et la géotechnique dans une même famille. Il indique un salaire fixe annuel brut de 45 à 70 k€ au niveau confirmé, hors primes offshore, variable, intéressement et participation.
Pour comparaison, la 36e enquête IESF situe le salaire brut médian des ingénieurs en France à 67 000 euros hors intéressement et participation (Le Monde des grandes écoles).
Questions fréquentes
Que fait concrètement un ingénieur géotechnique ?
Il caractérise le sol et le sous-sol d’un site, puis en déduit la conception des fondations et des ouvrages en terre : il programme les reconnaissances (sondages, essais in situ, essais de laboratoire), interprète les résultats, établit un modèle géotechnique et dimensionne les fondations superficielles, les pieux, les ancrages, les soutènements ou les terrassements. Il suit ensuite l’exécution pour vérifier que le terrain rencontré correspond aux hypothèses.
Quels logiciels faut-il maîtriser ?
PLAXIS est l’outil de référence pour les calculs par éléments finis en 2D et 3D. S’y ajoutent selon les employeurs les logiciels de la suite GEO5, Foxta, K-Réa pour les écrans de soutènement, Talren pour la stabilité des pentes, des outils d’interprétation des essais CPT, ainsi que des logiciels plus spécialisés en offshore pour les pieux et les ancrages. Python ou Excel servent à automatiser les séries de calcul.
Quelle différence entre la géotechnique onshore et la géotechnique marine ?
Les principes de mécanique des sols sont les mêmes, mais la géotechnique marine travaille sur des reconnaissances réalisées depuis un navire, souvent par essais au pénétromètre (CPT) et carottages, et sur des chargements cycliques dus à la houle, au vent et aux courants. Les fondations d’éoliennes en mer, de plateformes, de pipelines et les ancrages d’éolien flottant relèvent de référentiels propres, comme la recommandation DNV-RP-C212.
Faut-il partir en mer ou sur chantier ?
Le métier s’exerce en grande partie au bureau d’études, mais il comprend des visites de chantier, le suivi de campagnes de sondages et parfois des embarquements pour une reconnaissance marine. Pour les missions offshore, les employeurs demandent en général l’OPITO BOSIET avec CA-EBS, un certificat médical offshore valide et, pour l’éolien en mer, les modules GWO.
Combien gagne un ingénieur géotechnique ?
Selon le baromètre des salaires 2026 de Wagram Executive & Staffing, la famille ingénierie navale et géotechnique affiche 45 à 70 k€ bruts annuels de fixe au niveau confirmé, hors primes offshore, variable, intéressement et participation.
Nos offres sur des compétences voisines
Aucune offre n’est ouverte à ce jour sur ce poste exact. Ces postes font appel à des compétences proches de la géotechnique :
- Ingénieur génie civil, calcul de structures complexes (H/F)
- Senior Installation Analysis Engineer Offshore (H/F), 3 postes en CDI, Montigny-le-Bretonneux (78)
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