Le programme EPR2 n’est plus un projet sur le papier : à Penly, la centrale à béton du chantier tourne depuis octobre. Derrière les six réacteurs annoncés, c’est toute une filière qui doit recruter environ 10 000 personnes par an jusqu’en 2035, dont deux tiers de techniciens. Quels métiers seront les plus demandés, à quel moment, et d’où peuvent venir les profils ? Voici notre lecture, pour les managers comme pour les candidats.
Où en est le programme EPR2 ?
Le programme porte sur six réacteurs EPR2, deux à Penly, deux à Gravelines et deux au Bugey, avec une option sur huit réacteurs supplémentaires. EDF en a estimé le coût à 72,8 milliards d’euros (valeur 2020) ; la mise en service du premier réacteur de Penly est désormais visée en 2038 et la décision finale d’investissement est attendue fin 2026 (World Nuclear News, 18/12/2025).
Le calendrier se précise sur le terrain. EDF prévoit un premier béton nucléaire à Penly en 2029, vise 70 mois de construction par réacteur, et Gravelines a été autorisé à préparer son site en août 2026. Pour tenir ces délais, une « taskforce 70 mois » a associé 35 entreprises partenaires réparties en quatre familles : génie civil, mécanique et ventilation, électricité, essais. Parmi les leviers retenus : la préfabrication de très grands ensembles, jusqu’à plusieurs centaines de tonnes, sur des plateformes dédiées (Sfen, Revue générale nucléaire, 06/10/2026).
Enfin, à Penly, la centrale à béton du chantier a officiellement démarré sa production : à terme, elle doit livrer jusqu’à 12 m³ de béton par minute, pour un volume visé d’un million de m³ (La Gazette Normandie, 21/10/2026).
Ce que disent les chiffres de la filière
Le GIFEN, qui regroupe les industriels du nucléaire, a actualisé fin 2025 son programme MATCH d’adéquation entre besoins et compétences. Ses principaux enseignements (GIFEN, résultats clés du programme MATCH, novembre 2025) :
- Environ 100 000 recrutements en équivalents temps plein sur dix ans, soit près de 10 000 par an, dont la moitié pour remplacer des départs et la moitié pour accompagner la hausse d’activité.
- Une filière d’environ 250 000 emplois en 2024 (près de 247 000 équivalents temps plein dans 1 830 entreprises), qui pourrait atteindre 300 000 équivalents temps plein à partir de 2032.
- Deux tiers des besoins portent sur des techniciens : techniciens de maintenance, coffreurs-brancheurs, ferrailleurs, dessinateurs projeteurs.
- Côté ingénieurs, les besoins les plus marqués concernent les chefs de projet, l’ingénierie mécanique, la sûreté nucléaire, le génie civil, le contrôle-commande et les contrôleurs certifiés en contrôle non destructif.
- Les conducteurs de travaux et chefs de chantier pèsent près de 8 % du besoin 2025-2035.
Le message est clair : le goulot d’étranglement ne sera pas seulement dans les bureaux d’études, mais aussi sur les chantiers et dans les ateliers.
Les métiers demandés, phase par phase
Terrassements, fondations et génie civil
C’est la phase qui démarre. Elle mobilise des ingénieurs géotechniques pour les reconnaissances de sol et le dimensionnement des fondations (voir notre fiche ingénieur géotechnique), des ingénieurs calcul de structures en béton armé et charpente métallique, des méthodistes, des conducteurs de travaux, et en grand nombre des coffreurs-brancheurs et des ferrailleurs. Un chantier qui vise un million de m³ de béton consomme ces compétences pendant des années.
Montage électromécanique et préfabrication
Vient ensuite le montage : tuyauterie, soudage, mécanique, ventilation, électricité, contrôle-commande. La préfabrication de modules de plusieurs centaines de tonnes déplace une partie du travail vers les ateliers et fait monter le besoin en méthodes, en calculs de manutention et de levage (des compétences proches de celles de l’ingénieur installation analysis dans l’offshore), en dessin projeteur et en contrôle non destructif.
Essais et mise en service
Les essais forment l’une des quatre familles de la taskforce d’EDF. Ils demandent des ingénieurs et des techniciens d’essais, de mise en service et de contrôle-commande, capables de suivre des procédures très formalisées. Les profils venus du commissioning et du pre-commissioning, dans l’énergie comme dans l’offshore, y trouvent un terrain naturel (voir notre fiche ingénieur pre-commissioning).
Exploitation et maintenance du parc existant
Les EPR2 ne doivent pas faire oublier le parc en service : la moitié du besoin identifié par le GIFEN sert à remplacer des départs, et les techniciens de maintenance figurent en tête des métiers les plus recherchés.
Offshore, oil & gas, industrie : des passerelles à prendre au sérieux
Notre expérience de recruteur dans l’énergie le confirme : beaucoup de profils formés sur les grands projets offshore et pétroliers ont les réflexes que le nucléaire recherche. Gestion de projet dans un cadre très réglementé, culture QHSE, levage lourd, préfabrication et intégration de modules, essais et mise en service, rigueur documentaire et traçabilité qualité : ces compétences se transposent.
Ce qui ne se transpose pas d’emblée, c’est la culture de sûreté nucléaire, les référentiels propres au secteur et certaines habilitations. Ces écarts se comblent par la formation, à condition de les anticiper dans le calendrier d’intégration. C’est vrai pour les ingénieurs, et plus encore pour les techniciens de maintenance, d’instrumentation, de soudage ou d’essais, souvent issus de l’offshore et de l’industrie.
Ce que nous conseillons aux managers
- Recrutez en avance de phase. Avec un premier béton visé en 2029, les équipes d’études, de méthodes et d’essais se constituent dès maintenant. Attendre le pic d’activité, c’est entrer en concurrence avec toute la filière au même moment.
- Ouvrez le vivier. Un candidat venu de l’offshore, de la chimie ou de l’industrie lourde, bien accompagné sur les exigences de sûreté, est souvent plus vite opérationnel qu’un profil nucléaire introuvable.
- N’oubliez pas les techniciens. Ils représentent deux tiers du besoin de la filière : préparation, maintenance, instrumentation, soudage, contrôle et essais méritent la même attention que les postes d’ingénieurs.
- Choisissez le bon cadre contractuel. Pour un pic de charge sur des études ou une campagne d’essais, l’assistance technique mobilise un profil rapidement ; pour une compétence durable, le CDI reste la meilleure option.
Un besoin d’ingénieurs ou de techniciens sur un projet nucléaire ou énergie ? Confiez-nous votre besoin.
Ce que nous conseillons aux candidats
- Mettez en avant votre expérience en environnement réglementé : codes et normes appliqués, dossiers qualité, audits, revues de conception.
- Rendez vos qualifications visibles en tête de CV : qualifications de soudage, certifications en contrôle non destructif, habilitations électriques, avec leurs dates de validité.
- Racontez vos projets en chiffres et en phases : études, fabrication, montage, essais. Un recruteur du nucléaire cherche des personnes qui savent où se situe leur métier dans le cycle d’un grand projet.
- Techniciens, la filière vous attend : du CAP au bac+3, maintenance, instrumentation, soudage, essais et mise en service figurent parmi les besoins les plus forts.
Questions fréquentes
Combien de personnes la filière nucléaire doit-elle recruter d’ici 2035 ?
Selon les résultats 2025 du programme MATCH du GIFEN, le besoin reste de l’ordre de 100 000 équivalents temps plein sur dix ans, soit environ 10 000 par an. La moitié remplace des départs, l’autre moitié accompagne la hausse d’activité.
Le nucléaire recrute-t-il surtout des ingénieurs ?
Non. D’après le GIFEN, les techniciens représentent deux tiers des besoins de recrutement : techniciens de maintenance, coffreurs-brancheurs, ferrailleurs, dessinateurs projeteurs. Les ingénieurs restent très demandés, notamment en génie civil, mécanique, contrôle-commande et sûreté nucléaire.
Quand commence la construction des EPR2 ?
EDF prévoit un premier béton nucléaire à Penly en 2029, selon la Sfen (octobre 2026). Les travaux préparatoires sont en cours et la centrale à béton du chantier a démarré sa production en octobre 2026. La mise en service du premier réacteur est visée en 2038.
Un ingénieur ou un technicien de l’offshore peut-il travailler dans le nucléaire ?
Oui, beaucoup de compétences se transposent : gestion de projet en environnement très réglementé, levage lourd, préfabrication de modules, essais et mise en service, contrôle qualité. Il faut en revanche se former à la culture de sûreté nucléaire et aux exigences propres au secteur.
Nos offres et fiches métiers
Parmi nos postes ouverts proches de ces besoins : Ingénieur Génie Civil, calcul de structures béton et charpente métallique et Ingénieur Maintenance Junior (Pau). Retrouvez toutes nos offres d’emploi en cours, nos fiches métiers de l’énergie et de l’ingénierie, et recommandez un talent grâce à notre programme de cooptation.
Sources consultées le 29/10/2026. Les calendriers et estimations du programme EPR2 peuvent évoluer : reportez-vous aux publications officielles d’EDF et de la filière.



